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Fête de la science 2021 : « Le numérique et le living-lab pour faire stimuler la collaboration entre citoyens et régulateurs lors de la prise en charge d’une victime d’un arrêt cardiaque »
Posté le 6 octobre 2021

Toute personne peut être témoin d’un arrêt cardiaque dans la rue, au travail ou dans le hall de son immeuble. Comme chacun sait, le massage cardiaque pratiqué immédiatement contribue à sauver des vies, qu’il soit effectué par des professionnels ou par des citoyens. Certains centres d’appel ont d’ores et déjà mis en place des techniques d’accompagnement aux premiers secours destinées à ceux qui n’ont jamais pratiqué un massage cardiaque. Malheureusement, par peur de mal faire ou de faire mal à la victime, de nombreux témoins restent paralysés en attendant l’arrivée des urgences. Ceci est d’autant plus dramatique que seuls 7 à 10 % des patients (Gräsner et al., 2020 survivent à un arrêt cardiaque ayant lieu hors hôpital. C’est pourquoi il est nécessaire de travailler avec les citoyens et les professionnels du secours à la personne afin d’augmenter les chances de survie des victimes.

C’est dans ce contexte que le projet “Numérique et living-lab : pour un citoyen secouriste” a été financé par la Fondation pour la recherche MAIF pour une durée de 2 ans en collaboration avec les Hôpitaux Universitaires de la ville de Genève et leur centrale d’appels 144. Le projet vise à comprendre les dynamiques qui se jouent entre le régulateur (opérateur de la centrale d’urgences) et le citoyen lors d’un appel d’urgence et l’effet de médiation d’une application numérique (SARA) destinée lors de la prise en charge effective de la victime. Il s’agit également de mettre en lumière comment ces comportements individuels sont constitutifs d’une prévention collective.

De nombreuses applications numériques existent déjà pour les citoyens formés aux gestes de premiers secours. Ces applications, Permis de Sauver ou Staying alive par exemple, sont connues des centres d’appel 15, 18, 112. Les citoyens mobilisés par ces applications sont des citoyens particuliers : sapeurs-pompiers, pompiers volontaires, ou des personnes titulaires d’un brevet de secourisme. L’application SARA est destinée à un public plus large car sans connaissance ou compétence en secourisme. Elle permet à la personne qui appelle d’être accompagnée par le régulateur au moyen d’un guidage vidéo.

Ophélie Morand, post doctorante en Psychologie Ergonomique,  Stéphane Safin, Maître de conférence en Ergonomie, spécialiste en méthode de co-création participatives favorisant l’implication des citoyens et en appropriation des technologies par les usagers et Caroline Rizza, Maîtresse de Conférences en Sciences de l’Information et de la Communication spécialiste de la gestion de crise et d’urgence et des compétences numériques de ses acteurs collaborent au sein de ce projet pour comprendre les enjeux d’une telle médiation numérique et de la confiance qu’elle peut favoriser entre professionnels du secourisme et citoyens.

Les trois chercheurs s’appuient sur une méthodologie spécifique (le living-lab) visant à faire se rencontrer et collaborer des professionnels du secours à la personne (opérateurs/régulateurs des centres d’appels) et des citoyens avertis (premiers répondants) ou novices. Les parties prenantes réaliseront des simulations de situations d’urgence basées sur des scénarios co-construits par les chercheurs et les médecins des HUG. Le living lab est une méthode qui a démontré son efficacité quant au transfert de connaissances et l’élaboration d’un discours et d’un référentiel commun pour les parties prenantes. « Les opérateurs des services d’urgence pensent donner des indications claires aux citoyens secouristes. Mais  ces informations ne sont pas toujours comprises sur le terrain» détaille Caroline Rizza, responsable scientifique du projet. Ces journées de travaux permettront de tester l’application, de faire émerger de  nouvelles idées, de réfléchir ensemble aux fonctionnalités et à l’ergonomie de l’application, mais surtout d’identifier  collectivement les freins et les leviers relatifs à la réalisation des gestes qui sauvent afin de favoriser la création d’un lien, d’une confiance. Les chercheurs s’intéressent particulièrement au vécu et aux pratiques des citoyens et des professionnels en matière de gestes de premier secours tout en sensibilisant collectivement les citoyens à ces gestes.

La journée de Living Lab sera divisée en deux temps ; les ateliers de simulation puis, pour les volontaires, la participation à des ateliers de photographie animés par Hortense Soichet, chercheuse et photographe. Ces ateliers permettront de retracer des échanges ayant eu lieu entre citoyens et professionnels du secours. Il s’agira de mises en scène reprenant une sélection des situations évoqués, gestes récurrents, sentiments à mettre en évidence, etc. Ces photographies seront des reconstitutions de ces actions jouées par les participants et envisagés comme un prolongement du travail effectué dans le cadre du Living Lab. « Elle va saisir une crainte, un geste et les remettre en situation. Je souhaite réutiliser ces photos pour refaire parler les gens, pour aller plus loin que les entretiens que nous pratiquons dans ce cadre » détaille Caroline.

Ce travail commun sur les simulations, le vécu et les émotions de chacun a pour objectif de faire émerger une compréhension mutuelle et une collaboration naissante, permettant de développer une confiance entre les deux groupes amenés à travailler ensemble, élément primordial pour la réussite d’une intervention. « La confiance mutuelle des citoyens est des services de secours est la clé dans leur implication dans l’opération de secourisme.  Pour se laisser guider par les services de secours et appliquer les gestes qui sauvent, les citoyens doivent être en confiance et à l’inverse le régulateur ou l’opérateur doit pouvoir faire confiance à l’appelant pour réaliser ces gestes grâce au guidage numérique» concluent les trois chercheur.e.s.